Quand l'agroécologie se mesure à l'échelle d'une petite ferme + test

Agriculteur africain plantant un plant de tomate dans son champ

Sur des parcelles de moins de deux hectares, les petits exploitants d'Afrique de l'Est produisent jusqu'à 70 % de la nourriture de leur pays. Mais comment transformer l'idée d'agroécologie en chiffres utiles pour décider, ferme par ferme, de la gestion de l'eau, de l'énergie et des nutriments ? Le projet européen PrAEctiCe a conçu des indicateurs pour les conseillers agricoles et les a testés dans trois pays — et à la fin, vous pourrez vérifier ce que vous en avez retenu grâce à un petit test.

Sommaire

⇑Petites parcelles, 70 % de la nourriture

En Afrique de l'Est, l'agriculture repose largement sur de petites exploitations. Les agriculteurs y cultivent des parcelles de moins de deux hectares, et pourtant ces petits exploitants produisent jusqu'à 70 % de la nourriture de leur pays. C'est de ce constat que part un article publié sur CORDIS en septembre 2026, consacré au projet PrAEctiCe.

Le nom complet du projet résume son ambition : étudier le potentiel des pratiques agroécologiques en Afrique de l'Est, en s'intéressant tout particulièrement aux systèmes circulaires qui relient l'eau, l'énergie et les nutriments.

⇑Qu'est-ce que l'agroécologie ?

Le mot revient souvent, mais il reste flou pour beaucoup. Jan Hoinkis, chercheur à l'université des sciences appliquées de Karlsruhe et coordinateur de PrAEctiCe, en donne une définition précise : « L'agroécologie désigne des systèmes agricoles et alimentaires productifs, durables, résilients et respectueux de l'environnement qui combinent les connaissances autochtones et la science de pointe ».

Il dirige une équipe pluridisciplinaire qui travaille sur la transition agroécologique dans la région, dans le cadre d'un projet financé par l'Union européenne.

⇑Du concept à la décision sur l'exploitation

Une définition ne suffit pas à un agriculteur qui doit choisir quoi cultiver, quels animaux élever ou comment utiliser l'eau dont il dispose. D'où l'idée centrale du projet, formulée par son coordinateur : « Notre objectif est de faire passer l'agroécologie d'un concept général à un cadre décisionnel opérationnel et fondé sur des données probantes, capable de soutenir des choix concrets au niveau des exploitations agricoles ».

Concrètement, l'équipe a mis au point un outil d'aide à la décision destiné en premier lieu aux conseillers agricoles, qui travaillent directement avec les exploitants. Il traduit des notions agroécologiques complexes en indicateurs ciblés, applicables à une ferme précise.

⇑Eau, énergie, nutriments : tout circule

La nouveauté du cadre tient à son objet : les systèmes circulaires eau-énergie-nutriments dans les exploitations qui associent agriculture et aquaculture. Il comprend un indicateur intégré pour évaluer les approches d'agriculture circulaire, ainsi qu'un outil de quantification des impacts. Ensemble, ils permettent d'examiner :

  • la réutilisation de l'eau, de l'énergie et des nutriments dans des systèmes diversifiés de cultures, d'élevage et d'aquaculture ;
  • les impacts environnementaux de l'exploitation ;
  • l'efficacité de l'utilisation des ressources ;
  • la viabilité financière des choix effectués.

Pour Jan Hoinkis, c'est ce qui distingue le projet : « C'est un cas unique, car il s'agit de domaines qui n'avaient pas été suffisamment pris en compte dans les cadres d'indicateurs agroécologiques existants ».

⇑Des laboratoires vivants dans trois pays

L'outil n'est pas resté sur le papier. Il a été mis en œuvre à titre expérimental dans trois pays d'Afrique de l'Est, au sein de laboratoires vivants (Living Labs). Les formations organisées sur place ont touché des publics variés :

  • au Kenya, dix sessions de formation ont réuni plus de 800 agriculteurs autour de la gestion piscicole et de la production maraîchère ;
  • en Ouganda, à Kajjansi, plus de 250 acteurs ont été formés à la production aquaponique dans le cadre d'un programme de formation de formateurs ;
  • en Tanzanie, 5 000 personnes ont suivi des formations consacrées aux systèmes associant volailles, poissons et cultures.

Au Kenya, de petites entreprises agroalimentaires se sont elles aussi approprié les formations proposées dans les laboratoires vivants.

⇑Le réseau compte autant que la technique

Autour des laboratoires vivants s'est constitué un véritable réseau d'acteurs locaux. Pour le coordinateur, ce n'est pas un simple effet secondaire : « Ce réseau constitue en lui-même un résultat important, car la transition agroécologique exige plus que des solutions techniques : elle requiert également la confiance, les connaissances locales, la formation et l'adhésion institutionnelle ».

Un indicateur bien conçu ne change donc pas grand-chose à lui seul : il doit être compris, accepté et transmis par ceux qui l'utilisent sur le terrain.

⇑La suite : des pôles d'innovation locaux

Le travail ne s'arrête pas aux formations. Les chercheurs transforment désormais les laboratoires vivants en pôles d'innovation locaux et font évoluer les outils afin qu'ils puissent être perfectionnés, déployés à plus grande échelle et exploités. Jan Hoinkis se montre confiant : « Je suis convaincu que nous continuerons à développer l'héritage de PrAEctiCe en rendant la transition agroécologique plus mesurable, plus pratique et plus ancrée localement pour les petits exploitants agricoles d'Afrique de l'Est ».

⇑En bref

PrAEctiCe a cherché à rendre l'agroécologie mesurable pour ceux qui cultivent moins de deux hectares, mais produisent jusqu'à 70 % de la nourriture de leur pays. Son cadre d'indicateurs s'attaque à ce que les outils existants négligeaient : la circulation de l'eau, de l'énergie et des nutriments entre cultures, élevage et aquaculture. Testé au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie auprès de milliers de personnes, il s'appuie aussi sur un réseau local qui, selon son coordinateur, compte autant que la technique.

⇑L'agroécologie en pratique — testez-vous (test)

5 questions · une minute

1. Selon l'article, quelle part de la nourriture de leur pays provient des petits exploitants d'Afrique de l'Est ?

2. Que manquait-il dans les cadres d'indicateurs agroécologiques existants ?

3. À qui l'outil d'aide à la décision est-il destiné en priorité ?

4. Où le plus grand nombre de personnes a-t-il été formé ?

5. Selon Hoinkis, que faut-il en plus des solutions techniques ?


pubblicato: 2026-09-26
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